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Cosmétiques : décrypter la liste INCI sans y passer la soirée

Avatar de Stéphanie Clavel

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6 min de lecture

La liste INCI (International Nomenclature of Cosmetic Ingredients) figure obligatoirement sur chaque produit cosmétique vendu en France, dans une nomenclature commune à l’échelle internationale, souvent en latin ou en anglais scientifique. Elle intimide au premier regard, mais elle répond à quelques règles simples qui suffisent à en tirer l’essentiel, sans transformer chaque achat en séance de décryptage chimique.

La règle de l’ordre décroissant

Les ingrédients sont listés par concentration décroissante, du plus présent au moins présent dans la formule. C’est la règle la plus utile à connaître, et la plus simple : les cinq ou six premiers noms de la liste représentent l’essentiel du produit en volume, souvent bien plus de la moitié de la formule à eux seuls. Un ingrédient qui apparaît en toute fin de liste, après une dizaine d’autres noms, est presque toujours présent en quantité infime, parfois de l’ordre du dixième de pourcent.

Cette règle connaît une nuance réglementaire : en dessous d’un seuil de concentration de 1 %, les fabricants peuvent lister les ingrédients dans un ordre libre, pas forcément décroissant. Concrètement, cela veut dire que la hiérarchie stricte de la liste ne s’applique avec certitude qu’à sa première partie, celle des ingrédients majoritaires — ce qui est en général la partie qui importe le plus pour se faire une idée du produit.

Les grandes familles d’ingrédients qu’on retrouve partout

Une liste INCI, même longue, se compose en réalité d’un nombre limité de catégories qui reviennent d’un produit à l’autre :

  • L’eau (« Aqua » en INCI), quasi systématiquement en tête de liste des crèmes et laits, sert de base à la formule.
  • Les émollients et corps gras (huiles, beurres, esters) apportent la texture et l’effet hydratant en surface.
  • Les tensioactifs, présents dans les produits lavants (shampoings, gels douche), permettent de faire mousser et de rincer les impuretés.
  • Les conservateurs, en petite quantité, empêchent le développement de bactéries et de moisissures dans un produit qui contient de l’eau et qui sera manipulé à répétition.
  • Les agents de texture (épaississants, gélifiants) donnent au produit sa consistance, sans effet actif sur la peau.
  • Les parfums, regroupés le plus souvent sous la mention générique « Parfum » ou « Fragrance » sans détail de leur composition exacte, sauf pour les allergènes réglementés.

Repérer ces grandes familles aide à comprendre la structure d’un produit sans avoir besoin de traduire chaque nom latin un par un.

Ce que veut dire, et ce que ne veut pas dire, « sans »

Une mention « sans » sur un emballage (sans sulfates, sans silicones, sans parabènes) est une information vérifiable : elle signifie que l’ingrédient visé, ou la famille d’ingrédients visée, est effectivement absente de la formule listée en INCI. Elle ne signifie en revanche rien de plus que cela. Un produit « sans » un ingrédient particulier n’est pas automatiquement plus doux, plus naturel ou mieux toléré : il contient simplement autre chose à la place, qui peut être tout aussi actif, ou parfois moins bien documenté que l’ingrédient qu’il remplace, faute de recul d’usage aussi long.

La mention « sans » fonctionne surtout comme un repère pour une personne qui a identifié, en général avec un professionnel de santé, une sensibilité précise à un ingrédient donné. En dehors de ce cas, elle ne permet pas de classer un produit comme globalement meilleur qu’un autre qui ne porte pas la même mention.

Ce que veut dire, et ce que ne veut pas dire, « naturel »

Le terme « naturel » n’a pas de définition réglementaire unique et contraignante en cosmétique, contrairement à ce qu’on pourrait attendre d’une mention aussi utilisée. Un ingrédient « naturel » désigne en général une substance issue directement d’une matière première végétale, minérale ou animale, avec peu de transformation chimique, mais l’appellation du produit fini dans son ensemble repose souvent sur des référentiels privés, définis par des labels ou des marques, qui fixent chacun leurs propres seuils de pourcentage d’ingrédients naturels exigés.

Deux produits peuvent donc afficher « naturel » avec des compositions très différentes en pratique, sans qu’aucun des deux ne soit dans l’erreur, puisqu’ils répondent chacun à un référentiel distinct. Le mot « naturel » ne garantit pas non plus, en soi, une meilleure tolérance cutanée : de nombreux ingrédients naturels sont des allergènes reconnus, tandis que de nombreux ingrédients de synthèse sont formulés précisément pour limiter les réactions. La provenance d’un ingrédient et son profil de tolérance sont deux questions distinctes, qu’il vaut mieux ne pas confondre.

Les allergènes à déclaration obligatoire

La réglementation européenne impose de déclarer nommément, dans la liste INCI, une liste de substances parfumantes reconnues comme allergènes potentiels, dès lors qu’elles dépassent un certain seuil de concentration dans le produit (un seuil différent selon qu’il s’agit d’un produit rincé ou d’un produit qui reste sur la peau). C’est la raison pour laquelle on trouve parfois, en fin de liste INCI, des noms comme le limonène, le linalol ou la coumarine, même dans des produits dont le parfum global reste désigné simplement par la mention « Parfum » : ces molécules précises doivent apparaître individuellement, en plus de la mention générique, justement parce qu’elles font partie de cette liste d’allergènes surveillés.

Cette obligation ne signifie pas que ces substances sont dangereuses pour tout le monde : elle signifie qu’elles sont documentées comme pouvant déclencher une réaction chez une partie de la population, ce qui justifie qu’elles soient identifiables pour les personnes concernées, en particulier celles qui ont déjà repéré une sensibilité avec un dermatologue.

Lire sans diaboliser

Un nom d’ingrédient qu’on ne reconnaît pas n’est pas, en soi, un signal d’alerte : la nomenclature INCI privilégie la précision scientifique internationale, pas la lisibilité pour le grand public, ce qui rend même des ingrédients courants et anodins difficiles à identifier au premier coup d’œil. En France, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) encadre la sécurité des cosmétiques mis sur le marché et publie des informations de référence sur ce sujet, accessibles sur ansm.sante.fr. Pour une question sur un ingrédient ou une réaction constatée, l’avis d’un dermatologue reste plus utile qu’une recherche isolée sur internet, où les sources se contredisent souvent sans base scientifique claire.

Savoir lire une liste INCI ne sert donc pas à trier les produits en bons et mauvais : cela sert à comprendre ce qu’on applique réellement, et à repérer les informations qui comptent vraiment pour son propre usage — un réflexe qui rejoint la même logique de consommation informée que celle qu’on applique ailleurs, par exemple pour les produits du quotidien à la maison.


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